Dimanche 9 décembre 2007
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Votre serviteur milite beaucoup pour le département d'anthropologie. Mais il faut savoir qu'il y a beaucoup d'autres départements dans lesquels le désir d'études (qui n'est pas une demande de réussite) est aussi violent que le désir tout court.
D'un jeune homme en philosophie, déjà publié ici-même : une pièce de plus à notre collection de textes "non-tracts", ceux qui contribuent à nous donner le sens de ce que nous faisons.
Conférence-débat sur la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU)
Paris 8 – Mercredi 5 décembre 2007
Je vous propose de discuter des relations entre enseignants et étudiants, mais avant cela, je voudrais formuler une première proposition qui rendra les autres possibles.
La loi LRU ajoute une mission à l’enseignement supérieur. L’article L123-3 du code de l’éducation est ainsi modifié, et il y apparaît « l’orientation et l’insertion professionnelle ».
Comme si l’université était responsable du chômage de masse persistant !
Une fois de plus, on s’attaque à des symptômes (le chômage de masse) sans regarder les causes de ces symptômes.
Le première proposition est donc d’avoir une politique de lutte contre le chômage de masse, ce qui favorisera certainement davantage l’insertion professionnelle que n’importe quelle réforme de l’université.
[Le contexte écologique dans lequel nous nous trouvons (épuisement des ressources fossiles, pollutions multiples) permettrait la création de nombreux postes, par exemple dans le développement d’énergie renouvelables, ou encore dans l’aménagement d’une politique nationale de transports en commun afin d’inciter les automobilistes à renoncer à leurs véhicules personnels.]
Seule une université dégagée de la mission de professionnalisation peut être autonome et se consacrer à ses deux missions essentielles :
- d’une part la formation spirituelle et intellectuelle
- d’autre part la recherche de la vérité pour elle-même, ce qui suppose un espace public où s’exerce un usage libre de la raison, la professionnalisation faussant le rapport au savoir.
Ceci dit, notre rapport au savoir est déjà faussé dans l’université actuelle, ce que traduisent les rapports entre enseignants et étudiants.
On assiste déjà à un clientélisme de la part des étudiants comme des enseignants :
- le professeur vend des cours contre de l’argent
- l’étudiant achète des « crédits ECTS » contre un temps de travail
La notation fausse la relation entre étudiants et professeurs : elle présuppose que le savoir se transmet de l’enseignant vers les étudiants.
Pourtant, comme le disait Platon dans le Banquet (en 178d), le savoir ne s’écoule pas de la coupe la plus pleine vers la coupe la plus vide. La condition de transmission du savoir est l’amour du savoir, non la hiérarchie que l’on appelle aujourd’hui « gouvernance ».
Or, la hiérarchie semble très présente à l’université, au point que les étudiants s’appellent eux-mêmes « élèves », comme s’ils n’avaient pas plus de libertés qu’au lycée. Il semblerait qu’une infantilisation des étudiants soit acceptée dans l’université, que ce soit par paresse de la part des étudiants ou par lâcheté de la part des enseignants.
Je propose donc de nous interroger sur la boulimie de cours de méthodologie, et d’essayer de responsabiliser davantage les étudiants.
Pour cela, nous pourrions remettre en question l’organisation actuelle d’un cours. Pourquoi les cours ne seraient-ils pas des espaces où étudiants et enseignants choisiraient un sujet pour un semestre, et établiraient ensemble une bibliographie ? Dans de tels espaces, étudiants et enseignants s’aideraient mutuellement pour comprendre articles, extraits de livres, romans, films ou autre. L’étude de ces textes, films et autres ne serait plus une fin en soi, mais un moyen d’élaborer une réflexion collectivement, où chacun transforme son regard sur le monde et sur lui-même.
Cette proposition peut sembler inadaptée aux cursus autres que sciences humaines et sociales et filières artistiques. Je crois toutefois qu’une telle pratique dans d’autres filières serait un très bon complément aux cours actuels, notre vision du monde ne devant pas se restreindre à celui de notre spécialité.
C’est d’ailleurs à mon avis cette spécialisation à outrance qui conduit à des lois comme celle de la LRU :
- Valérie Pécresse ne connaît pas le monde de l’université, elle n’a étudié qu’à l’ENA et à HEC
- La LRU est l’application française du processus de Bologne. Or, les accords des Bologne ont été faits par un « groupe d’experts », de spécialistes donc, dont la vision du monde est sans doute inversement proportionnelle à leur degré de spécialisation. Les termes employés dans ce rapport (« capital humain et de l’innovation », « assurance qualité » dans la pédagogie, « outil de protection du consommateur » etc) sont ceux du marketing.
Je vous remercie de votre attention.
Arbre à palabres