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Département d'Anthropologie
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Emploi du temps et permanence des enseignants
2nd semestre 2007/2008




Clip des premières impressions après la nième réforme


Clip radiophonique de la rentrée

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Nouvelles de la mobilisation à Paris 8

L3 - Table des enseignements de Licence d'anthropologie
Un changement d'avis, quand la raison en presse, N'est pas une action contraire à la sagesse, ROTROU, Antig. IV, 6.
L1, L2, L3 (demie-mineure externe)

Le tutorat

Textes d'automne 2007

J'en vois un(e) qui aurait bien une petite question, fatigue du bloguiste, fatigue 2.

Etudiant(e)s étranger(e)s
Soyez modérés : ne soyez pas maliens, noirs, pauvres et anthropologues

Mort de Jean Séguy, sociologue des religions

Quelques photos du mouvement

La Loi
Il y a actuellement  4  anthropo-b-logue(s)


Jeudi 14 février 2008 4 14 /02 /Fév /2008 05:14
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La pression LRU, la fin du premier mouvement contre icelle, et autres phénomènes météorologiques compliqués dans le ciel des bons sentiments académiques, donnent lieu à d'étranges épisodes dans la vie de l'Université Paris 8. Votre serviteur trouve que la plus favorable et la plus fréquentable de ces "inquiétantes étrangetés" est la naissance de l'UFR 0, dit encore UFR ensemble vide (mais je ne trouve pas le bon caractère) par certains puristes. Voici son premier texte d'orientation, dernière mouture.

Source mail du 13/02/2008 22:04




*... UFRØ ...*

Un nouveau dispositif de pratiques universitaires se met en place à Paris 8 Saint-Denis à la rentrée du second semestre.

L'UFR Ø

est un projet collectif d'université

                                    expérimentale,
                                    transdisciplinaire,
                                    critique,

                                    et ouverte à tous (étudiants, enseignants, personnels, non universitaires...).

En effet, toutes les disciplines et tous les indisciplinés pourront s'y rencontrer pour construire ensemble un espace d'études critiques et d'interactions transversales.

Pourquoi l'UFR Zéro ?

Se battre, ce n’est pas contester, réclamer ou encore détruire.

Se battre, c’est vivre ce que nous voulons construire.

Parce que nous souhaitons changer l'université actuelle, sortir des habitudes, et nous réapproprier l'espace de nos études. Parce que nous continuons à combattre la logique de la loi LRU (celle de la capitalisation universitaire, de la privatisation du savoir), déjà présente dans le système universitaire actuel et dans notre quotidien : ceci en proposant et en expérimentant de nouvelles façons de vivre l'université. Parce que nous soutenons les différentes initiatives alternatives mises en place dans plusieurs départements à Paris 8, dans d'autres facs, et dans d'autres milieux.

Nous constatons aujourd'hui que l'université n'est pas destinée à tous, et que le savoir ne peut y être émancipateur, dès lors que les rapports de domination et les dispositifs d'exclusion qui y résident l'enempêchent. La distinction entre les différents champs disciplinaires est un fait, et une nécessité, mais la fragmentation actuelle de l'université tend à produire des spécialistes avec leurs visions du monde respectives qui ne se rencontrent jamais. Les étudiants sont incités à la stricte consommation de leurs études, dans une course aveugle à la validation, sans avoir le temps de vivre, ni de penser sur ce qu’ils font, ou encore de développer une pensée critique. L'université souffre même d'une incapacité à dépasser un semblant de critique, et à agir pour changer l'ordre social établi. Il y a par ailleurs une grande déshumanisation des rapports sociaux à la fac, si bien que l'on s'y croise sans même se regarder. Tout cela n'est-il pas contraire à l'ouverture d'esprit, et à l'universalité du principe d'université ?

Comment fonctionne l'UFR Zéro ?

L'UFR Ø n'appartient à personne.

Le fonctionnement de l'UFR Ø est ouvert à toutes et à tous.

Elle ne doit pas devenir un nouveau cadre normatif aliénant.

Les projets de l'UFR Ø n'appartiennent à aucune discipline.

Toutes celles et ceux qui y participent y deviennent étudiants.

Ce sont les principes d’expérimentation et de réflexivité permanentes qui animent l'UFR Ø.

L'élaboration du programme de l'UFR Ø est l'oeuvre de toutes celles et ceux qui veulent y étudier.

Nous proposons que différentes initiatives et approches y cohabitent et interagissent autour de démarches et de thèmes transversaux sous la forme de « projets ».

            Un projet est l'association

                        d'un thème transversal (ouvert à toutes les disciplines et à tous les indisciplinés)

                        et d'une démarche (une façon concrète d'organiser l'étude de cette thématique).

L’articulation « démarche-thématique » est au cœur du fonctionnement de l’UFR Ø :

- La proposition d’un thème transversal doit être faite dans une perspectivepluridisciplinaire,

autrement dit, il doit nécessairement être abordable par le plus grand nombre. Cette contrainte est importante car elle garantit la possibilité de l’échange et de l’enrichissement mutuel. La mise en pratique de la multiplicité des points de vue est une force.

- Le choix d'une démarche de travail paraît particulièrement intéressant car c’est aussi sur ce point que l’originalité et la mise à distance de l’académisme se manifestent par le fait. Cela permet de ne plus ignorer, dans l'expérience de nos études, les questions de réflexivité, de méthode, de critique, d'action sociale, et de subjectivité. Nous devrons donc faire l'effort de sortir de nos schémas d'études habituels, individuellement et collectivement, en expérimentant ensemble d'autres façons concrètes de nous organiser pour étudier chaque thématique. Par exemple, une démarche peut partir d'un exercice de style, d'un questionnement méthodologique, d'un atelier, d'un débat de réflexion, d'une enquête de terrain, d'une bibliographie, d'une activité productive, d'un spectacle, etc...

Chacun est invité :

- à proposer un ou plusieurs projets qui seront intégrés à la liste de l'UFR Ø

- à choisir des projets parmi ceux proposés par tous dans cette liste réactualisée

Ainsi, l'UFRØ pourra être un moyen de :
- connecter les différentes propositions de projets

- mettre en relation les personnes prêtes à travailler sur un même sujet ou sur des projets articulables

- et constituer les groupes de travail en fonction du projet d'études de chacun

Nous devrons effacer les frontières et hiérarchisations au sein du savoir,

Et entre « savoirs théoriques » et « savoirs pratiques ».

Il n’y aura pas a priori de limites imposées aux thèmes ni aux démarches.

Chacun est libre de proposer la manière dont il ou elle veut faire vivre un projet,

Mais il ou elle devra composer avec les autres.


L'UFR Ø propose ainsi de réaliser une organisation universitaire plus démocratique, où nous construisons nous-mêmes nos études, tant dans le fond que dans la forme, et aussi bien sur le plan individuel que collectif.

Pratiquer et expérimenter autrement l’université

Va de pair avec une remise en question de l’univers social, et de soi-même.

Il s’agit d’un acte politique.
Si vous n'êtes pas d'accord avec l'UFR Ø, changez-la.


Les modules de l'UFR Ø commencent à Paris 8 dès la rentrée du second semestre,

et nous nous battrons pour qu'ils soient validables,

mais il n'y a aujourd'hui aucune garantie quant à la reconnaissance de l'UFR Ø.

Y étudier, c'est prendre le risque de ses études et de ses convictions,

et c'est s'engager avec d'autres dans une université et une société en devenir.

Pour étudier / participer à l'UFR Ø, écrivez à

C'est dans l'expérimentation que nous allons donner forme à l'UFR Ø,

pour construire une université dont nul ne connaît la fin...

Par DEMS/MF - Publié dans : UFR 0
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Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /Fév /2008 13:53
Un département de philosophie ne saurait, par constitution socratique, faire autre chose que propager des idées impies et corrompre la jeunesse. Celui de Paris 8, déjà fort distingué par sa contribution au mouvement de l'automne 2007 contre l'ignorance pécréssienne, indique, par la double motion suivante, que la lutte contre la LRU est loin d'être finie ...

__________________________

Source mail de ce jour 13:37

Le département de philosophie, réuni en séance plénière le 30 janvier, enseignants, étudiants et personnels administratifs, a adopté à l’unanimité, deux motions.

Refusant que la gestion scientifique de l’Université puisse être confiée au futur Conseil d’Administration, nous demandons aux membres élus des trois conseils de ne pas adopter la modification des statuts prévue par la loi LRU.

Nous affirmons notre complète désapprobation quant aux fiches d’évaluation des cours qui nous ont été transmises par le CEVU et refusons d’y avoir recours, ceci au nom des principes qui ont prévalu pour la fondation de notre Université.
Par DEMS/MF - Publié dans : Généralités sur les Autorités
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Mardi 15 janvier 2008 2 15 /01 /Jan /2008 16:28

Votre serviteur, après avoir passé les vacances à s'interroger sur l'art de faire des maquettes d'enseignements (comment maintenir dans l'idéologie LMD-LRU un semblant de verdure intellectuelle, de liberté académique, etc. ? - et ayant ressenti chaque jour, du reste, à quel point c'est à la limite du possible), n'a pas fait autre chose (outre préparé ses cours et ça prend du temps !) pendant la semaine de la rentrée. Ah si : après avoir pris des beignes aux abords des centres de rétention pour étrangers, il a accompagné de loin la fin du mouvement anti-LRU, ou sa fin de séquence (qui sait ?), en anticipant sans peine les anicroches caractéristiques d'une fin. On en trouvera ici l'un des épisodes, qui à mon avis, n'est pas à la gloire des stratèges du comité de mobilisation. Peu importe et passons.

Les maquettes, c'est-à-dire purement leur structure, ont été votées en Conseil d'UFR, et aux dernières nouvelles le CEVU ne les désapprouve pas. Votre serviteur se préparait donc à accompagner les structures de textes plus ou moins bien sentis, comptant pour cela sur l'aide (en cours !) du collectif, d'ailleurs amputé d'une participation déjà très virtuelle, puisqu'une enseignante annonce vouloir partir à l'UFR 4, l'UFR des gens sérieux (vous attendez un commentaire ? Vous n'en aurez pas).

La pression étant presque modérée, il s'agissait presque de penser à autre chose : par exemple; le bilan d'un cours sur Clausewitz, et d'un cours sur le jeu de Go, et pourquoi pas un cours sur Gabriel Tarde ?. Des trucs calmes en quelque sorte. Lire le blog de Coulmont (de l'UFR 4), pour savoir où en sont les toys ; lire l'universel reportage, se laisser bercer par les modes inoffensives et creuses. Et même dans tout ça, un peu de sociologie, pour suivre la doxa sur France-Culture.

Hélas, même les jours de paix nous sont comptés dans une société qui s'ingénie à tout mettre en oeuvre contre elle-même et contre ses possibilités. Le président du CEVU nous écrivit ceci, et votre serviteur dut se relever de sa sieste : dies irae, jour de colère, saeculum solvet in favilla, le monde part en eau de boudin. Lisez plutôt :


Mail du 15/01/2008 13:00


Chers collègues,

L'article 20 de l'arrêté du 23 avril 2002 relatif au grade de licence prévoit la mise en place d'une procédure d'évaluation des formations et des enseignements.

Sa finalité est de favoriser le dialogue entre les équipes de formations et les étudiants afin d'éclairer les objectifs et les contenus de la formation, d'améliorer les dispositifs pédagogiques et de faciliter l'appropriation des savoirs.

L'évaluation des enseignements suppose en effet, une définition claire des objectifs de chaque cursus. Elle accorde aussi aux étudiants une plus grande place : celle de véritables acteurs dans le processus de formation. Permettre aux étudiants de s'exprimer et prêter une attention particulière à leurs messages doit conduire non seulement à une communication active mais aussi à un authentique partenariat entre enseignants et étudiants.

Le CEVU de Paris 8 a donc élaboré un questionnaire d'évaluation des enseignements que vous trouverez en fichier attaché.

Notre démarche a consisté à inscrire l'évaluation des enseignements comme un dispositif complémentaire au plan d'aide à la réussite en licence et aux propositions issues du groupe de travail « Aide à la réussite et la propédeutique » dans la lutte contre l'échec des étudiants en 1er cycle.


Enfin, nous avons élaboré un second questionnaire à destination des enseignants. Celui-ci poursuit un triple objectif :

  • Permettre aux enseignants de s'exprimer sur leurs conditions de travail,

  • Définir et réaliser les améliorations nécessaires,

  • Replacer la question de l'évaluation des enseignements dans un cadre plus large et plus juste en évitant de se focaliser sur l'activité de l'enseignant comme source de réussite ou d'échec de l'enseignement.

Ainsi, avant de soumettre la procédure d'évaluation des enseignements aux votes des conseils centraux, il nous paraît indispensable de recueillir l'avis et les suggestions de l'ensemble des composantes pédagogiques sur ces 2 documents, au plus tard le vendredi 25 janvier 2008.

Très cordialement,

A.AliCherif

VP CEVU

Avec deux documents joints, qui achevèrent toute vélleité de paix, de calme, de sieste, de sociologie apollinienne et consensuelle :

La fiche bon sentiment n° 1

La fiche bon sentiment n°2

Sur quoi votre serviteur répondit à toute la liste de diffusion (vous savez, le bouton répondre à tous), c'est-à-dire à tous les gens supposés importants dans cette fac, un mail daté de 14h36, vite écrit hélas, et intitulé les fiches de Panurge :

Cher(e)s collègues,

Le seul avis que j'ai à vous communiquer est le suivant : il ne faudra pas compter sur moi pour mettre en œuvre ces lamentables fiches d'évaluation, encore moins de les "améliorer". Et j'appelle tous mes collègues, avec un inébranlable pessimisme, à en en faire autant.

S'il faut attendre des gestionnaires de fiches (d'eux ou de leurs fiches) qu'ils "permettent aux enseignants de s'exprimer" (sic), et "aux étudiants de s'exprimer" (sic), c'est qu'on suppose déjà qu'il faut demander la permission, chose qui normalement était acquise par les franchises universitaires, que tout le monde a oubliées, pour cause de consensus.

Si vous lisez de près tous les présupposés du mail d'accompagnement, vous verrez qu'ils forment un tombereau de bonnes intentions, dont le nom générique à la mode est la "gouvernance". La gouvernance est l'art par lequel les gouvernants disent aux gouvernés que le gouvernement c'est bien. Un art de gardiens du troupeau, mais comme ce mot est déjà pris par Platon (poïmen laôn), soyons modernes : c'est un art de vigiles.

Quant aux fiches, elles sont dignes d'une boîte à idée d'une quelconque entreprise de transports (en voie de privatisation) : on constitue un flux de circulation (d'ailleurs c'est déjà dans le vocabulaire : les "usagers"), et on lui demande de savoir comment son bonheur (resp. son malheur) est améliorable. Le résultat est déjà acquis : ceux qui proposeront un voyage à Louxor, auront 53%.

Sous le nom d'aide à la réussite, la correction est pire que le sonnet, et le remède pire que le mal : car nous demandons à tou(te)s de renoncer à être des étudiant(e)s et des enseignant(e)s. Sous le nom d'offre pédagogique, nous voudrions être les interprètes (bienveillants) d'une demande sociale. Le désir intellectuel n'existe donc plus, et d'ailleurs, il posait toujours un problème : il n'est pas dans l'ordre du désir d'être satisfait.

Les satisfaits, eux, ceux que Rimbaud appelait "les assis", vont se frotter les mains : l'existence des fiches atteste la nécessité sociale de leur existence. Et ils pourront partager ensemble ce secret de polichinelle : Qui donc évalue les évaluateurs ? Réponse : personne, donc les dépositaires des fiches. Et qui est le dépositaire des fiches ?  la police. Avec cette douce différence que la police viendra dans le dépouillement des votes et la conservation des résultats comme ornement pacifiant des rivalités entre enseignants dans leur exercice de validation doxologique. Depuis le LMD 1, et depuis l'acceptation du statut d'étrangers sans droits, cette université a généré un nombre inquiétant de policiers. Nous demander d'améliorer l'indigence, son vocabulaire et ses postulats de mercanti, est un appel à la servitude volontaire.

On donnera à la doxa le nom de "démocratie", afin que les moutons conservent au moins, comme le dit Machiavel, le nom de ce qu'ils ont perdu.

Je sais fort bien que ma réponse appellera, comme d'habitude, un exercice de conformisme. On criera au mépris du bon peuple, et il y aura des témoins venus des nuées, et même de toutes les tendances, pour dire qu'il y avait sous le bêlement de la majorité que je ne veux pas entendre une humanité souffrante, et interpréter sa "demande". On pourra même dire que je suis fumeur, et que ça n'est donc pas étonnant. Il y aura encore une motion contre l'enseignant "provocateur". Rien n'y fera : je ne mettrais pas ces fiches en circulation car je ne veux pas renoncer à la singularité des paroles et des œuvres. On trouvera de meilleurs vigiles pour ça. Et pas "en mon nom", comme on dit maintenant.

Mes respects

David-Emmanuel Mendes Sargo

Responsable de la Licence L3 d'Anthropologie.


Par DEMS/MF - Publié dans : Généralités sur les Autorités
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Lundi 31 décembre 2007 1 31 /12 /Déc /2007 19:47
Comme à notre habitude nous serons hors-sujet. Mais si l'on a un tant soit peu la mémoire (et non point son "devoir de") de l'année qui passe, nous vîmes à l'Université des sans-papiers gésir sur la chaussée quand d'autres se préparaient aux fêtes. Maintenant qu'ils sont allongés entre le Mesnil-Amelot, et Vincennes (quasi dans l'ancienne fac), à se faire battre par terre pour le seul plaisir de la culture du résultat, il est bon, il est "anthropologique" de nous souhaiter à tous la pire des années :

(plusieurs sources mail du 31 décembre 2007)

« Nous ne sommes pas des bêtes sauvages, ni des chiens ! »

Il y a à peu près un mois, un sans papier s'est évadé du centre de
rétention de Vincennes. Depuis cet évènement, les policiers sont
particulièrement énervés et virulents envers les « retenus. » Par
exemple, ils entrent dans les chambres pour faire des fouilles à
n'importe quelle heure de la nuit, ils font entre 8 à 10 rondes par 24
heures, au lieu de 3 habituellement. Suite à cette évasion, les
policiers ont eu pour ordre de dénombrer, tous les soirs, les
sans-papiers pour vérifier qu'aucun ne s'est enfui.

Avant hier, les retenus n'ont pas accepté de se faire comptabiliser
comme du bétail et ont refusé de remonter dans leur chambre. Les
policiers ont appelé les CRS en renfort qui ont passé une partie de la
nuit à Vincennes. Hier soir, routine. Les policiers exécutent leur tour
de surveillance et accusent un homme en train de fumer d¹avoir fait
entrer un briquet en rétention. Ils le menottent pour l¹emmener en
isolement. Les autres sans papiers jugent cet acte injustifié et
interpellent à leur tour les policiers pour leur demander de le
relâcher. Ils font valoir leurs droits et leur refus de l'arbitraire.
Mouvement de masse, violences policières, au final, il y a trois blessés
légers parmi les retenus. Ils ont vu un médecin, apparemment pas de
jambe cassée. Les CRS sont revenus en renfort et sont restés jusqu'à 4
heures du matin.

Ces incidents se situent dans un contexte plus général puisque c¹est
suite au transfert d¹un sans papier de Roissy vers Vincennes que les
informations sur les évènements de Mesnil Amelot ont circulé et qu'une
grève de la faim a commencé il y a trois jours : sur approximativement
260 personnes retenues réparties dans les deux centres de Vincennes, la
moitié serait en grève de la faim aujourd'hui.

Depuis trois nuits, les retenus se mobilisent pour dénoncer les
conditions de rétention déplorables : un simple filet d'eau chaude dans
les douches, du chauffage parcellaire, mise en isolement sans motif,
humiliations et violences policières gratuites, destination d'expulsion
parfois arbitraire (un Algérien devait aujourd'hui être expulsé vers le
Maroc, il ne serait pas sorti du centre de rétention suite aux
mobilisations de ses collègues sans papiers), et encore non respect de
la dignité et des droits de l'homme...

Les retenus dénoncent aussi les pratiques du personnel médical : des
jours pour obtenir un simple doliprane, des maladies contagieuses qui se
transmettent à profusion. Un sans papier explique que « les docteurs
préfèrent soigner leurs relations avec la préfecture plutôt que de
déclarer que les situations médicales de certains retenus sont
incompatibles avec la rétention. »

Au téléphone, on entend des termes tels que « désobéissance civique » et
le brouhaha général présage d'une évolution mouvementée. Les sans
papiers semblent remontés, prêts à ne pas céder, d'autant plus qu'ils
ont réussi à éviter une expulsion aujourd'hui, ils sont soutenus à
l¹extérieur, forts de leurs dénonciations, par contre, et à mon avis à
juste titre, ils « redoutent le pire pour ce soir. »

Mais, c'est pas grave, c'est Noël

Témoignage au CRA de Vincennes via le 9ème Collectif des Sans-Papiers,
30 décembre 2007

9ème Collectif des Sans-Papiers
9eme_collectif@no-log.org
Par DEMS/MF - Publié dans : Rentrée automne 2007
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Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 16:18
Un texte nous avait fait grande impression dans les tous premiers jours de la lutte. Votre serviteur a du le lire à plusieurs reprises, et ne vous dira pas ici ses remarques, sauf celle-ci : une jeunesse qui écrit ainsi sera redoutable à l'ordre établi, aux sécurités intérieures et extérieures. Et cette autre : pendant que d'autres vont à la place, il y en a qui savent aller à la chasse.

Cet espace qui nous incombe …

 
 

« Et il vient un moment où ce qui a été lié aspire à se délier, et la forme trop précise à rentrer dans l’indistinction. Et quand l’heure est venue, j’appelle cela une chose désirable et bonne. »

J.Gracq, Le rivage des Syrtes

 
 

La Catastrophe est là, implacable, d’une pesanteur étouffante. Trônant en plein cœur de l’expérience fondamentale que nous faisons du monde, l’évidence marchande s’est comme insérée en chaque pli de l’existence. Chaque détail de nos vies y ramène sans remède et les souffrances et les angoisses, sous l’effet de sa poussée, ravagent en nous-mêmes ce qu’il y a de plus essentiel. Ce n’est pas tant qu’elle demeure dans le rapport qui lie symboliquement, à la surface des consciences, un homme à un autre, mais plutôt en tant que programme d’une modernité dont l’accomplissement submerge l’épaisseur du sensible, le détermine, et impose avec obstination le triomphe de la séparation généralisée entre les hommes. C’est alors qu’il faut se déprendre dans la lutte ou se laisser périr sous les masques terribles du néant.

 

NOTE I :  Toute lutte a pour objet l’espace, c’est-à-dire que l’espace, par sa simple composition physique, porte en lui un sens et une consistance immédiatement politiques. Et c’est précisément en cela qu’il se voit quadrillé et conjuré, aplati et dévoré, par tous les dispositifs de neutralisation, de dépossession et de régulation continue de ce qui gît en son fond de sensiblement politique. Ce qui est en jeu dans une lutte, ce n’est jamais la caractérisation nue d’un ennemi mais la distribution spatio-temporelle à partir d’un cadre normatif des niveaux et des tranches de la vie, de nos vies, qu’il opère.

 

NOTE II : L’espace de la lutte n’est jamais la somme inerte de tout ce qui se tient en lui. Il n’est pas la couche vide des choses et des êtres qui viendraient le remplir de l’extérieur. Il est ce qui se forme et se renforce en lui, les déséquilibres denses qui s’y révèlent, les proliférations offensives qui y pénètrent, tout ce qui lie organiquement les êtres qui le peuplent à leurs multiples virtualités. Avant que d’être un lieu, il est l’avoir-lieu de quelque chose d’insaisissable qui se rend actuel et se dispose à la libération des espaces, à la construction de contre-espaces.

 

NOTE III : Ce qu’il y a de réel en l’espace de la lutte, de plus réel que jamais, ce sont les redoutables circulations des corps, des gestes, des affects qu’il met en jeu et condense, de manière toujours informelle, en machines de guerre*. Sa composante proprement politique s’éprouve à mesure que s’ intensifie, que se solidifie ce qui l’agite, dans la mise en acte des puissances, dans la conversion des virtualités en force active,  dans le brouillage des frontières données entre vie et forme de vie. 

 

NOTE IV : La lutte, dans le pouvoir qu’elle a de déployer une situation singulière et de donner lieu à un dérèglement des conditions de normalité de la réalité, vise à tracer les lignes de son propre espace. La liberté du jeu tragique qu’elle amène lui donne et lui assure l’expérience et la science d’une opacité conspiratrice, d’une hostilité destructrice. Elle crée en son sein ce quelque chose qui a lieu, qui est de l’ordre de l’impossible événement et qui, dans le jeu inattendu qu’il fonde entre ceux qui sont là, se met en contact avec sa propre puissance.

 

NOTE V : Dans l’abrupte suspension des régularités et des ensembles qu’elle produit, la lutte découpe dans les mailles du système une cartographie de l’offensive et restaure parmi ceux qui luttent, ceux qui sont à eux-mêmes ce pourquoi ils luttent, l’élément du Commun.

 

Note VI : La lutte se tient tout en elle-même, nous tient tout en elle-même, nous arrachant à-nous-mêmes dans un décentrement infernal, nous édifiant contre nous-mêmes en tant que corps assignables et sujets identifiables. Dans le mouvement de chaque lutte, il n’y a plus d’étudiant, de professeur, ni même plus d’homme, cette figure rabougrie et dépassée,  il y a cette autre chose qui reste à inventer collectivement.

 

NOTE VII : Dans l’espace de la lutte, il s’agit toujours du durcissement local d’une présence qui monte, monte et s’étend sans limite, face à ce qui nous possède et se masse contre nos propres devenirs. Les corps cassent les rouages prescrits, se rencontrent à la limite de leur corporéité, réapprennent l’allure des corps dans l’espace, en deçà des savants dispositifs de reconnaissance et d’identification, en une nouvelle unité du monde et du sens des actes, dans les actes eux-mêmes. Nous apprenons à détraquer les dispositifs de pouvoir, à démasquer leurs opérations, dans ce qu’ils font, dans ce qu’ils nous font collectivement.

 

NOTE VIII : Ce que dément la lutte, ce qu’elle déjoue férocement, c’est la contradiction entre les possibilités de la vie et la vie elle-même, la négation de ces possibilités dans la vie même. La vérité de la lutte se situe au moment même de la lutte, au moment où elle surgit. Elle n’admet nulle position d’extériorité (syndicats, médias...) qui, cherchant à la canaliser et ce faisant à la contrôler, la coupe de ses potentialités effectives et finit par la trahir.

 

NOTE IX: Tout affrontement requiert d’être pensé stratégiquement afin d’y distinguer les lignes de forces actives et d’en ressaisir les puissances d’élaboration. Penser sa diffusion comme asymétrique, complexe, perfide, pour jouir d’une disposition à l’inouï, à l’inattendu, à ce qui à même le présent vient comme saturer la réalité d’un moment de vie collective. C’est, dans la recréation de plans d’effectivité sensible, commencer par rendre problématiques et vertigineuses les évidences, les raisons, les pratiques qui nous constituent en silence et qui font « l’amère tyrannie de nos vies quotidiennes »(Foucault)

 

NOTE X : Dans une intelligence stratégique et collective des évènements, de ceux qui pensent encore ce qu’ils font et pourquoi ils le font, se noue la rupture des chaînes des causalités et des déterminismes bien réglés.  

 

NOTE XI : Dans le pli soudain qu’elle établit entre lignes de fuite et lignes de rupture, la lutte est la disqualification d’un espace et l’agencement de ce même espace sous d’autres modalités, selon d’autres expérimentations. Elle se déplace en tout sens, régime de forces et de flux, se reconnecte à tout va, à des espaces d’immédiateté et d’ouverture, fluidifiés par des processus d’émergence et de création collective. Dans la dynamique d’un chaos grandissant, la lutte pose sa propre légitimité, renvoie à elle-même, à sa disponibilité totale à faire monde, à faire événement. A l’état libre et sauvage.

 

NOTE XII : Habité par la chaleur des corps, peuplé par les intenses conductions entre ces corps, l’espace de la lutte peut alors être assumé, l’espace peut alors se faire lieu, lieu d’un litige politique.

 

Note XII bis : La vigueur d’une lutte ne tient pas au dehors substantiel qu’elle parvient à faire consister mais plutôt aux variations dans les régimes de fonctionnement qu’elle insinue, aux remous d’intensités dans les systèmes d’équilibre qu’elle répercute, à toutes ces fluctuations d’affects, ces amplifications de désirs qui viennent excéder localement chaque structure d’atténuation, chaque dispositif de contrôle, chaque organe de capture.

 

Note XIII : L’espace de lutte n’a pas de texture, il est à lui-même sa propre texture, en tant qu’il est lié à des présences inopinées, à des évènements intempestifs, à une multiplicité de devenirs instantanés.

 

NOTE XIV : L’espace de la lutte est le lieu de ceux qui sont sans lieu, pour se dire et se faire entendre, le lieu de ceux qui se dressent là où on ne les prévoit pas, qui désertent là où ils ne veulent plus croupir. C’est le lieu des infâmes, des ingouvernables, qui altère tout à fait les champs du visible et de l’énonçable, dans ce qui les fonde et dans ce qu’ils fondent. Et cela dans une tension radicale de la pensée et de la geste politique comme une multiplication croissante, mobile, positive des domaines et des usages de l’activité politique.

 

NOTE XV: Un moment politique s’avance. Il nous parle de ce que nous pourrions être et qu’il ne tient qu’à nous de reconquérir sur l’absence et l’étrangeté à soi, sur la gestion marchande du tissu éthique, sur leur probable approfondissement : « Excéder, pulvériser les dispositifs. Puis, dans le même élan, retrouvant les souffles des corps qui s’agrègent, éprouver l’espace de la lutte comme pure adhérence à soi, à sa propre irréductibilité, habiter pleinement cet espace comme lieu d’indistinction et d’imprévisibilité et faire l’expérience du quelconque, d’une espèce de goût pour l’anonymat politique et les avancées souterraines. Accroître les lieux d’expérimentations sans retour, se donner les moyens de les amplifier et de les préserver. Mettre en contact ces lieux, qui sont déjà en présence, chaque fois que les corps se mettent en rapport, se mobilisent dans une familiarité contagieuse, dans l’assomption des mondes de vérité qu’ils engagent en leurs bases. Porter à son point ultime, à même les temps, les espaces et les réalités, à même les paroles, les regards et les gestes, le besoin extrême de vivre et de lutter, de penser et d’étudier, d’aimer et de se lier, de mettre en commun les rêves et les projets, de rapprocher entre eux les corps sans nom et les voix les plus lointaines ». Telle pourrait être la communauté qui vient, communauté d’un certain partage des fulgurances, d’un certain art des proximités.

 
 
 

Fazil, le 4 Novembre 2007, dans le cours de la lutte. 

 
 

* Cf. Guattari et Deleuze, Mille Plateaux. Une machine de guerre n’a pas spécifiquement pour objet la guerre en tant que telle mais bien la caractérisation d’un espace qu’elle invente, qu’elle place sous un régime de vitesse, de mouvement, d’intensité créative, un espace ouvert, susceptible de croître en tout sens, de se mettre en rapport avec de multiples processus d’expérimentation et de composition ( corps, forces, vecteurs, gestes, affects, énergies, identités, devenirs, temporalités…)  




Par DEMS/MF - Publié dans : Textes d'automne 2007
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Vendredi 21 décembre 2007 5 21 /12 /Déc /2007 09:35
Signe de fin de séquence : le comité de mobilisation se réunit entre gens qui connaissent où et quand se réunit le comité de mobilisation. Il trouve que son trésor doit être capitalisé par l'octroi d'une salle. Il lâche un peu la proie pour l'ombre.

Cela dit, peut-il faire autrement, étant donné la caractère coriace des vieux schémas : le trotskisme SNESup qui a tué sa mobilisation, est aussi le trotskisme mental qui prétend la faire vivre. Et on ne peut pas tout faire.

A l'une de ses dernières réunions publiques, le comité de mobilisation avait donné à votre serviteur et à quelques étudiants une tâche. Elle a été remplie. Elle n'est pas votable. Elle n'est pas la Nième motion. Elle n'est pas une ruse d'AG. Elle est une réflexion à voix haute. Elle n'est pas complète. Elle n'est pas claire. Elle est un brouillon. Elle reste tactique. Elle est l'impossible concret des jours qui viennent. Et l'impossible, c'est le réel, dit Lacan.

Propositions du Comité de mobilisation relative à la validation des cours

(document de travail – 17 décembre 2007)


Nous proposons un schéma de validation collective des EC, à l’issue du mouvement de grève.


Exposé des motifs

C’est, nous semble-t-il, la moindre des choses puisque la grève n’a été que la prise en charge réelle de l’espace universitaire par les étudiantEs mobiliséEs.

C’est aussi parce que la maitrise de l’évaluation dans le contexte de la reprise ne doit pas être le prétexte d’un retour à la normale ou l’occasion de toutes les pénalisations.


 Propositions 

Notre schéma de validation est général et non pas au « cas par cas », dans l'isolement d'une relation étudiantE / enseignantE.

Il importe à nos yeux que cette validation reste sous le contrôle des étudiantEs, des enseignantEs et personnel-lEs en lutte.

Elle consisterait en cinq ou six thèmes d’étude et de recherche proposés par le comité de mobilisation équivalents à cinq ou six EC validables dans tous les départements .

Ces cinq ou six EC seront accessibles à tous les étudiantEs en grève et/ou pénaliséEs par l’interruption des cours, ou pour toutE étudiantE ayant mis à profit l’interruption des cours pour remettre en question le quotidien. En effet, nous ne présupposons pas du degré d’engagement des absentEs pendant la grève.

Notre proposition est donc comparable à une UFR transitoire et transdisciplinaire dédiée :

  1. au rattrapage des cours.

  2. à la continuation du débat sur l’université critique.


Aspects techniques

Deux salles à la disposition du comité de mobilisation (les deux salles mitoyennes de l’occupation du Batiment C)

Un crédit substantiel de photocopies

La mise à disposition de matériels audio-visuels

L’inscription de codes d’EC dans toutes les tables informatiques des départements qui représenteraient les six EC proposés par le comité de mobilisation.


Conclusion

Nous aurions du mal à comprendre que cette proposition soit refusée ou non débattue, puisqu’elle ne fait que reproduire la structure normale des enseignements et des évaluations à l’Université de Vincennes dont la référence est encore aujourd’hui dans notre nom, voire dans nos célébrations.

 Tâchons aussi qu'elle soit dans nos pratiques.

Nous appelons tous les enseignants et personnels disponibles à se joindre à cette proposition et à l’enrichir.

Par DEMS/MF - Publié dans : Fleurs d'automne 2007
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Vendredi 21 décembre 2007 5 21 /12 /Déc /2007 07:51
On nous envoie cet article qui ne manque pas de précision. (Auto)évaluation, gouvernance, vision épicière du monde appliquée aux études. Mon ami le cardinal de Retz vous prévient : la plus grande des fautes qu'on puisse commettre est celle qui nous met dans la situation de n'avoir plus que des fautes à commettre.

(Source mail du 20/12/2007 22:58)

À propos du "Cahier des charges" des universités

"Si vous croyez que la clé de la liberté se trouve derrière une loi injuste qu’il suffit d’abolir, dites-vous que cette loi a été inscrite de votre propre main sur votre propre front". (Khalid Gibran)

Je voudrais m’arrêter un instant sur un document que tous les collègues n’ont pas encore lu, un document plus important, à mes yeux, que le texte de la loi car il permet de nous imprégner de l’esprit même de la contre-réforme et, concrètement, de savoir de quoi l’avenir sera fait.

On trouve le Cahier des charges à l’adresse suivante : ( https://www.igf.minefi.gouv.fr/sect...). Ce texte est signé conjointement par des hauts fonctionnaires de l’inspection générale des finances et par des hauts fonctionnaires de l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche. Ces éminences, dont le statut est, pour le moment, en béton, ont donc rédigé un document qui vise à privatiser, à financiariser l’université. Je peux vous assurer que ces huit personnes ont mis, non seulement tout leur zèle dans la rédaction de ces pages, mais encore toute leur jouissance.

Ce qui est très frappant, au premier abord, c’est que ce document ne parle jamais d’enseignement, mais de « gestion budgétaire et financière », de gestion des ressources humaines (l’expression " ressources humaines " vient de l’entreprise privée et n’avait pas cours il y a trente ans dans l’administration publique), de « gestion immobilière » (les universités vont devenir des agences immobilières stricto sensu et certains de nos collègues - contre primes sonnantes et trébuchantes - ont déjà enfilé l’habit d’agent immobilier), et enfin de « pilotage et de relation avec la tutelle ».

Alors que Madame Pécresse, et les médias qui la relaient, parlent d’« autonomie » des universités, ce document prouve que d’autonomie, il n’y en aura jamais plus. Tous les établissements seront en effet surveillés, en temps réel, par le panopticon du ministère, dans un constant mouvement d’action et de rétroaction. Le Cahier des charges permettra « d’apprécier la capacité des universités à assumer les nouvelles compétences prévues par la loi et à en tirer le plus grand parti ». Chaque université devra donc s’auto-évaluer en permanence, s’évaluer par rapport aux autres, tandis qu’elle sera, comme toutes les autres, évaluée par l’administration centrale en fonction de critères qui seront, on va le voir, de moins en moins universitaires. Toute décision du conseil d’administration sera « approuvée par arrêté conjoint du ministre chargé du budget et du ministre chargé de l’enseignement supérieur ».

Les personnels universitaires (enseignants, administratifs et techniques) ne seront plus rétribués par l’État, mais par les établissements eux-mêmes. Le document présente ce changement comme une « liberté » puisque le fléchage central des crédits diminuera. Le hic, c’est que la « fongibilité » des crédits sera « asymétrique » (il faut être au moins inspecteur général des finances pour inventer une expression aussi naturaliste qu’opaque). En aucun cas, en effet, l’enveloppe accordée aux personnels ne pourra être majorée. Elle pourra, en revanche, être diminuée au profit des crédits de fonctionnement et d’investissement. Vous pouvez faire toute confiance aux trois-quarts des présidents de la CPU, qui réclamaient cette loi depuis des années, et qui l’ont largement inspirée (ils ont donc toute l’objectivité nécessaire pour en parler), pour faire des économies « inévitables » (aucune ironie de ma part : elles seront inévitables) aux dépens de la rétribution des personnels. En clair, les personnels en place risqueront d’être moins payés, tandis que les personnels à recruter, dans la mesure où l’emploi sera « librement déterminé » par les établissements, se verront offrir des contrats (ce sera le cas, dès l’année prochaine, pour les personnels BIATOSS de rang B voulant passer rang A) " personnalisés ", globalement à la baisse dans la mesure où les avancements de carrière ne seront plus du tout garantis. Si cette catégorie de personnel a tout de suite fait l’objet d’un traitement de faveur, c’est parce qu’elle sera au centre de la " gouvernance " (autre vocable de l’entreprise privée), et donc d’une nécessaire docilité. Les universités devront recruter - aux dépens du personnel enseignant, par exemple - de nombreux personnels de gestion. En effet, la « fonction financière » des établissements sera tellement importante et délicate que des cadres nombreux et de bon niveau seront nécessaires. Ce n’est pas dans le texte, mais je vous fiche mon billet que ces personnels auront pris le pouvoir dans les universités avant dix ans. La tâche de ces experts sera ardue. Il leur faudra prendre en compte l’exécution budgétaire passée et la répartition des crédits entre unités budgétaires. Ils devront suivre pas à pas le déroulement de l’exécution budgétaire, effectuer un bilan annuel, maîtriser l’exécution budgétaire, optimiser celle-ci en réorientant les crédits en cours d’année et en limitant les reports de crédits.

Les universités disposant, en principe, d’une masse budgétaire double de celle actuellement à leur disposition, elles devront éviter de voter des budgets en déséquilibre, négocier sur des bases objectives le volet financier de leurs contrats pluriannuels, et « apprécier si elles sont capables de supporter dans la durée le coût de leurs décisions de gestion, notamment en matière de ressources humaines ou en matière immobilières ». Ces deux ressources figurant dans la même phrase, on sent bien que, dans l’esprit de nos éminences, les cerveaux ne compteront pas plus que les briques. C’est pourquoi les universités devront réaliser chaque année des « analyses financières rétrospectives et prospectives », en évaluant « le coût à court et moyen terme » de leurs décisions importantes.

La comptabilité des établissements aura été « remise à plat ». Le diagnostic des comptes devra être « de qualité », en particulier dans le domaine patrimonial. Pour « tirer le plus grand bénéfice de la réforme » (on ne parle toujours ni d’étudiants, ni d’enseignants, ni de recherche), les établissements devront limiter au maximum la part des crédits considérés comme fléchés, c’est-à-dire (à noter que les auteurs n’utilisent jamais " c’est-à-dire ", mais " i.e. ") dont l’emploi « n’est pas fixé par l’université mais par le financeur ». Une part des crédits sera évaluée en fonction « d’une appréciation de la performance des composantes », et pas seulement en fonction « du nombre d’étudiants ». Ouf ! Nous sommes à la page 6 du Cahier. Nos hauts fonctionnaires se souviennent brutalement qu’il existe des étudiants, mais ils en parlent à regret, de manière négative. Qu’en sera-t-il, dans les faits, de la gestion des ressources humaines ? Trois articles du « nouveau Code de l’éducation » (954 1, 2 et 3) sont capitaux. Le conseil d’administration définira la répartition de service des personnels enseignants et de recherche. Le conseil d’administration pourra créer des « dispositifs d’intéressements permettant d’améliorer la rémunération des personnels ». Le Président de l’Université (lui seul) pourra recruter « pour une durée déterminée, des agents contractuels pour occuper des fonctions techniques ou administratives de catégorie A » ou « pour assurer par dérogation [?] des fonctions d’enseignement et de recherche ». Les articles que je viens de citer ont été pensés pour faire disparaître la fonction publique de l’enseignement supérieur, comme c’est le cas dans de nombreux pays d’Europe et d’ailleurs. Tout président pourra, dans le secret de sa conscience, récompenser « le mérite et l’implication des personnels ».

Chaque fin de mois, les personnels seront rétribués par un établissement qui devra « sécuriser le processus de paye ». Le payement pourra faire l’objet d’une « procédure de paye à façon », « prestation payante proposée par le Trésor Public », ou d’une « paye interne », qui serait une « solution prudente ». Comme pour toute entreprise privée, le « pilotage » de la masse salariale va « devenir un enjeu essentiel pour les universités ». Les universités devront se doter d’un « logiciel de pilotage » (avec un pilote pour piloter, j’imagine), elles devront analyser finement les « effets volume » ( ?), les « effets prix » ( ?). Les auteurs du Cahier sachant pertinemment que les universités risquent de n’avoir ni les compétences financières ni les compétences techniques pour accomplir ce travail, ils suggèrent qu’elles « mutualisent » cet effort, car « il serait dommage que les universités se préparent en ordre dispersé à affronter un défi (je suis déçu : j’attendais " challenge ") qui se présentera partout dans les mêmes termes. Il existe d’ailleurs un Guide pratique du pilotage de la masse salariale (voir le site performance-publique.gouv).

Il faut attendre la page 10 pour que les auteurs du Cahier abordent la dimension « qualitative » de la réforme. Pour les inspecteurs, qualité signifie avant toute chose « redéploiement ». En fonction des « besoins », bien sûr, en recrutant largement, à l’extérieur, des personnels enseignants titulaires (tant qu’il en restera, il suffit d’aller voir ce qui s’est passé à France Télécom, à La Poste ou à EDF), ainsi que des personnels non enseignants non titulaires, chaque université pouvant jouer « sur les modalités et les volumes de recrutement, sur les modalités de rémunération, de promotion et de carrière, de représentation, de régime horaire et de congés ». Tiens, tiens, pourra-t-on nous expliquer ce que les congés (de maternité, par exemple) ont à voir avec la rémunération et la promotion des personnels ?

Les présidents pourront récompenser les plus méritants. Ils pourront « concentrer les primes [?] sur un nombre raisonnable [sic] de bénéficiaires ». Ce qui permettra d’« élever » le montant des primes. Les primes pourront être modulées « en fonction de la manière de servir ». Vous avez bien lu : " servir ". Oui, il conviendra d’être les fidèles serviteurs de l’Université rénovée. Concernant la gestion immobilière, les universités pourront « aliéner tout ou partie de leur patrimoine ». Elles seront forcément conduites à le faire. Elles auront besoin de cache-flot (je m’initie au langage de l’Inspection Générale). Elles se retrouveront dans la situation, par exemple, de France Télécom qui vend ses bâtiments pour avoir du cache-flot et qui, l’instant d’après, les loue car il faut bien se loger. Avant de vendre, les universités pourront faire appel à des expertises privées pour évaluer leurs biens. Pour les universités, connaître en temps réel leur valeur patrimoniale impliquera un suivi de tous les instants, et l’obligation d’entrer dans une logique capitalistique et marchande afin de faire fructifier leurs biens. Mais il est clair que, dans l’esprit des rédacteurs du Cahier des charges, les établissements finiront, à terme, par vendre leur immobilier (« traduire dans les comptes la diminution progressive de la valeur des biens de l’université »). Ils vendront, simplement parce que l’université française possède un formidable patrimoine que le privé convoite depuis longtemps (mais il y a loin de la poubelle de Toulouse le Mirail - invendable en l’état - à l’ancienne faculté de droit de Poitiers), et qu’elle ne pourra pas garder éternellement parce que les établissements devront désormais « supporter les charges budgétaires liées aux amortissements », jusqu’à présent à la charge de la collectivité nationale.

Restent le pilotage et les relations avec la tutelle. On a beau être autonome, on n’en est pas moins tenu de fournir une « information régulière », après s’être doté « d’instruments d’audit interne et de pilotage financier et patrimonial selon des modalités fixées par décret ». Pour être efficace, il conviendra d’élaborer « un schéma directeur des systèmes d’information », accompagné d’un « renforcement des fonctions techniques et politiques dédiées [sic] au système d’information ». Dans la mesure où les établissements seront surveillés en temps réel, il sera possible « d’adapter les objectifs et le programme de travail de l’Agence de mutualisation des universités et établissements ». Comme on sait, par ailleurs, que la recherche sera elle aussi pilotée par Paris, les conséquences de la nouvelle loi seront la disparition d’un grand nombre d’établissements ou, à tout le moins, de parties d’entre eux, le regroupement autoritaire d’universités qui auront réussi à préserver provisoirement leur intégrité, et la constitution d’énormes pôles, non pas d’excellence, mais de rentabilité. Cette masse considérable d’informations à fournir (nos hauts fonctionnaires, nourris de culture française, utilisent le terme reporting, trouvé, j’imagine, dans leur lecture du Financial Times) au ministère impliquera, je l’ai dit, le recrutement d’une armée de clercs, des contractuels, cela va sans dire. Les universités joueront leur existence dans une sorte de Bourse (aussi rationnelle que les " Stock Exchanges " que nous connaissons déjà). Elles ne s’en sortiront que si elles offrent une « sécurisation juridique et financière » de leur fonctionnement.

Il aurait suffi, il y a quelques mois, qu’une poignée de conseils d’administration se sabordent et boycottent la Loi Pécresse (un seul vient de le faire tout récemment). L’histoire aurait basculé en faveur des défenseurs du service public, de la vraie mission de l’Université qui n’est pas de faire des affaires, de coller au train du patronat en fournissant, loin de tout projet humaniste, des compétences sans aucune réflexion critique, de marchandiser le savoir et de précariser tous ses personnels. Nos présidents ne pouvaient prendre cette initiative. Ils veulent être réélus. Un coup de pied dans la fourmilière, et ils auraient dû faire une croix sur des lendemains qu’ils croient enchanteurs et qui ne le seront pas. Maîtres en leur demeure, recevant des émoluments assurément plus élevés qu’aujourd’hui, ils devront cependant filer doux devant les vrais détenteurs du pouvoir.

Il y a beaucoup plus préoccupant que les calculs tactiques des présidents d’université. Les universités européennes sont entrées dans un processus d’« économie de la connaissance », pour reprendre une expression officielle de Bruxelles. Qui dit économie dit compétition, raréfaction, renchérissement de ces connaissances. Le premier chapitre du Cahier des charges, celui qui commande le reste, s’intitule, je le rappelle, « la gestion budgétaire et financière ». Ce qui sous-entend clairement que les universités vont devenir des entreprises, mais non des entreprises industrielles vendant (ou achetant) des brevets ou des diplômes, ce qui serait déjà un pur scandale : elles seront des entreprises financières, ce qui est une horreur. À très court terme, les droits d’inscription des étudiants vont exploser. Lorsque la loi était encore en discussion, les responsables des syndicats étudiants s’étaient polarisés sur ces droits, sans regarder plus loin que le bout de leur nez. Madame Pécresse leur avait donné momentanément satisfaction pour obtenir leur neutralité bienveillante. Que ces responsables aillent observer ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis : comme leurs parents victimes des taux de crédit immobiliers, des milliers d’étudiants ne peuvent plus rembourser les sommes considérables empruntées pour financer leurs études.

Concluons : l’objectif de cette loi et de son Cahier des charges est de détruire l’université française en tant qu’outil de formation et d’émancipation afin de la soumettre - classement de Shanghai oblige - aux desiderata du CAC 40. Pour faire entrer en application un projet, une loi aussi réactionnaires, il fallait interdire tout espace de contestation en réduisant le poids du conseil d’administration, en introduisant des chefs d’entreprise en tant que tels dans les instances dirigeantes, en réduisant l’influence des personnels et des étudiants. Ce déni de démocratie coupera à jamais l’Université de la citoyenneté, du politique au sens noble du terme. Les marchés apprécient déjà.

 
De : Bernard Gensane (professeur de civilisation britannique à l'Université de Poitiers)
jeudi 20 décembre 2007

Par DEMS/MF - Publié dans : Textes d'automne 2007
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