Mercredi 13 septembre 2006
Il est de plus en plus fréquent qu'on vous dise, dans les services centraux, que le département d'anthropologie n'existe pas. Et l'on vous le dit très souvent de bonne foi.
Cela vient en général de trois sources :
- La personne qui vous le dit, l'a entendu dire. Souvent d'un chef de service, qui lui aussi a entendu dire que tel niveau d'enseignement avait tel problème de renouvellement, et a omis de dire que ce problème n'affectait pas un autre niveau. Quand dire (ou ne pas dire) c'est faire ... car vous perdez à ce rythme des journées entières à vous inscrire.
- Il se peut aussi que tel département qui fait de l'anthropologie à titre de discipline ancillaire (et à moindre valeur en termes d'ECTS) laisse dire, fait plus ou moins savoir, que l'anthropologie ça se fait chez lui. A la vérité, depuis 2005, plusieurs départements, plusieurs personnalités, et des plus important(e)s s'aperçoivent que, depuis toujours, ils font de l'anthropologie. Dont acte : il n'y a pas matière ni lieu à en faire ailleurs.
- Le plus délicat à raisonner est qu'il est arrivé que cette nouvelle vienne de l'intérieur du département, par le biais de tel(le) participant(e) à une palabre mal résolue dont on se console par un peu de lèche-vitrines au batiment G.
De sorte que la question des preuves de l'existence du département devient un problème de théologie aussi délicat que celui des preuves de l'existence de Dieu. Il y a aussi une dimension topologique, la même sans doute qui fait que des roms habitant dans une commune, n'y ont pas d'adresse. Le département est pars extra partes de l'Université, et de beaucoup d'autres départements. La dimension mathématique renvoie aussi sans doute à ce qu'il faut à tout ensemble un ensemble vide, qui permette de le construire (c'est un axiome de Zermelo). Enfin, c'est une réalité de la physique quantique. Car supposez que vous isoliez un domaine d'expérience tel que le département existe, vous changez par là incontinent les conditions de l'expérience qui peuvent alors attester que ce département n'existe pas. Expérimentez ensuite qu'il n'existe pas, et alors le soupçon qu'il existe naîtra aussitôt. En logique, on dira que le département est indécidable, un peu comme le paradoxe du crétois, ou celui des parties hétéronymes des ensembles (Russell).
En pratique cependant : nous posons que le département existe bel et bien, et qu'on y fait des études d'autant plus poussées que leur accès même est à l'origine d'une question quotidienne indécidable sur le réel. Beaucoup ont préféré y étudier, si pauvres qu'ils fussent en certitudes, plutôt que riches partout ailleurs.
Quoi qu'il en soit, venez nous dire, ici même, et dans quelles conditions, on a fait telle ou telle hypothèse devant vous.
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Arbre à palabres