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*Occupation des sans-papiers

Lundi 18 décembre 2006


C'est avec une certaine gaieté que nous ouvrons une nouvelle rubrique « Occupation de sans-papiers » (nous ne mettons pas de date car qui vivra verra).

Sans-papiers : des collectifs du 93, Montreuil et 77, avec des gens de toutes nationalités et tous âges (disons de 6 mois à 65 ans) se sont installés dans l'amphi A1 aux alentours de 12h30-13h ce jour-même. On revoit les mêmes figures connues depuis longtemps, au moins depuis l'année 2000, dans les occupations de l'ex-Gendarmerie de Saint-Denis, celle de la Basilique, puis celle récente d'une piscine. Mais au de-là des figures, les ouvriers, les chômeurs, les mères de famille, les enfants, les employés, les scolarisés et ... les étudiants. Tout ce monde-là est sans-papiers, privé de droits par les lois qui se succèdent dont la loi CESEDA, sans doute la plus redoutable, parce qu'elle atteint ces gens dans tous les domaines de leur vie (travail, logement, santé, scolarité, études, liens familiaux). On en reparlera.

Occupation : car c'est bien de cela qu'il s'agit, dût-elle se prolonger pendant les vacances universitaires (Voilà qui est nouveau).

Il fallait leur dire la bienvenue, ce qui a été fait par des étudiants et certains enseignants.

La présidence (mais seul le vice-président était présent) est embarrassée. On comprend pourquoi. Je ne parle pas de rapports de force entre élus, mais des groupes patrimoniaux-familiaux, chefs de divers services qui se veulent propriétaires du bâtiment G, et par conséquent de toute la fac. Ceux-là, ne chipotent pas avec les mots, ou avec les actes (expérience de l'année 2000, dans une autre occupation de d'étudiants sans-papiers). Des syndicats vexés d'être élus, et pas au courant (mais ça va si bien ensemble). Ou d'être dépossédés de leur rôle de défenseurs-propriétaires. Dans certains de ces syndicats (c'est une spécialité autogène, et assez incestueuse de Paris 8), il y a même les enfants-clients des parentèles ou groupements d'intérêts du bâtiment G.

Passons ce qui ne devrait rester que folklore. Et pour dire les choses vite :

1/ il faut que l'université accueille ces gens et ouvre un débat sur la situation car c'est aussi son rôle historique (je ne dis pas politique parce que ça ferait rire les baleines).

2/ il faut reparler des étudiants sans-papiers, ou appelés à le devenir, car la misère sans-papiers affecte directement les études.

3/ nous ne sommes pas chez nous entre universitaires, mais à l'université avec la société tout entière. Soyons donc un peu à la hauteur.

Ah, les bonnes fêtes qu'on va passer.

Par DEMS/MF
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Mercredi 20 décembre 2006
Personne n'avait sérieusement dormi, et l'ambiance du jour s'en ressentait.

Soyons bref. Le fait marquant du jour (ce qui ne veut pas dire le fait majeur, le fait fondamental), c'est un président d'université, qui rentré précipitamment d'un voyage important à l'étranger, s'assied au milieu d'un amphi et écoute, modestement, les interminables doléances, et les terminables mais non terminées prises de position.

On n'avait pas vu cela depuis longtemps. Ni on avait l'habitude d'entendre des paroles d'apaisement ou, le mot est de lui, de compassion.

Non, je ne veux pas ironiser. Il fallait être là, et dire ça, même dans un vocabulaire un peu juriste, un peu sciences-po, un peu chrétien. Bon, c'est son rôle, et plutôt bien tenu. Ca a fait un peu de bien à tout le monde et d'abord à ceux qui sont dans le dégât.

Restent toutes les affaires et questions pendantes, et peut-être pendables.

La question des bonnes intentions qui pavent tellement cette université de gauche, qu'on pourrait construire une pyramide avec (Le diable est jaloux depuis longtemps de paris 8). On voudrait trouver une solution tout de suite, alors qu'avant les sans-papiers était un problème "de fond" mais pas décisif, on faisait avec. Machiavel dit que le temps devient le maître de ceux qui on trop attendu : les voilà qui courent pour demander les dossiers de ces sans-papiers là. "Faut trouver une solution tout de suite", alors que parmi ces collectifs, il y a des gens qui courent depuis plus de 9 mois dans la ville. La bonne intention veut surtout dire : il faut que vous partiez avant les vacances. Gesticulations, rodomontades, syndicats étudiants préoccupés du sort de ces gens-là, tout d'un coup. Ou alors : celui-ci est un bandit, celui-là est un bureaucrate. La tragédie c'est toujours que les deux ont raison, la comédie c'est toujours que les deux ont tort.

Du coup, comme je ne peux pas m'empêcher d'enseigner, je sors en pleine AG une devise impériale (c'est d'Auguste je crois) : festina lente. Hâte toi lentement. Les sans papiers raffolent, les ayants droits de l'université (pas forcément le président, mais les propriétaires locaux) me regardent d'un oeil noir. Si en plus les sans-papiers aiment le latin ...

Bon, c'est vrai aussi que les puissances de la ville sont dans la fac (et même dans la liste du président). Mais enfin camarades, autorisez que le peuple, qui est dans la ville soit aussi dans la fac. Du reste le tao dit : le souple l'emporte sur le fort. Et le mao dit : les masses l'emportent sur le Parti (tiens je viens de mettre une majuscule).

Ensuite, très difficile mais aussi très passionnant, et je dirais même : beau. L'hétérogénéïté des discours entre des ouvriers-employés, des chômeurs, et des étudiants. Les uns épuisés, les autres passablement excités de voir déboucher le réel, l'histoire et la politique (pas celle de la télé). Prodigieux et superbes malentendus. Les étudiants disent : faut faire quelque chose, à des gens qui courent depuis des mois pour faire quelque chose. Un sans-papiers dit : "mais on est pas une exposition ici !"

Le plan : la base ou l'extension, la base et l'extension, la base avec ou sans ou contre l'extension et inversement. Le paracétamol c'est bon aussi, à moins que vous ne préfériez l'aspirine.

Situation d'apprentissage mutuel des langues et des références et des peuples. Apprentissage d'une démocratie à venir, ridicule et superbe, comme les amoureux. Une démocratie inouïe (pardonnez le lyrisme, dites-moi si je m'emporte etc).

Concluons : on espère que le président prendra sa décision SEUL avec son humanité : oui le vieux Sartre éternellement poupin disait : il faut être seul pour être avec tous.

Et reconcluons, parce que c'est interminable comme une doléance. Oui l'humanité, les humains (c'est plus précis) s'invitent à la fac, c'est tellement mieux que les flux de passants info'comm-portable. Oui le peuple aime le latin, et oui c'est tellement mieux le peuple que la population.

Ayez une jeunesse. Ayez une vieillesse. Faites de l'anthropologie. Venez à Paris 8 (c'était ma ligne publicitaire).

Par DEMS
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Mercredi 20 décembre 2006
Pour donner une tonalité légèrement différente à l'assaut de compréhension humanitaire (ça fait si longtemps que nous sommes défenseurs des sans-papiers, d'ailleurs nous avons pris infiniment position pour vous, mais surtout ne restez pas à la fac pendant les vacances c'est si dangereux pour vous, si vous saviez comme on vous aime, et toutes les bonnes choses qui vont vous arriver, etc, etc, mais partez vendredi soir sinon ça va chauffer), votre serviteur a lu en son nom propre le texte suivant aujourd'hui à l'AG de 15h Amphi A1. Ce texte, n'est pas une prise de position du département d'anthropologie, mais du responsable de la Licence.

APPEL
à toute la communauté universitaire

Nous étudiants, personnels administratifs et enseignants de l'Université Paris 8 :

Nous déclarons entièrement solidaires de l'occupation de l'amphithéâtre A1 par divers collectifs de sans-papiers ;

Considérons, (dans le contexte des lois prises contre les étrangers, dont la récente loi CESEDA, qui les bafouent dansleurs vies et leurs droits qu'ils soient ouvriers, employés, chômeurs, scolarisés, étudiants), que nous n'avons pas à juger a priori des formes de lutte imposée par le désespoir et la misère, mais bien plutôt à les accueillir sans idées préconçues ;

Estimons que c'est aussi le rôle d'une université ouverte, et au coeur de la société contemporaine, de connaître et d'apprendre des mouvements populaires, de connaître et d'apprendre de ceux qu'on voudrait voir condamnés à la solitude, à l'ignorance et à l'exploitation ;

Appelons toute la communauté universitaire :

A se regrouper pour la défense des droits élémentaires des étrangers sans-papiers ;

A s'opposer à toute mesure d'expulsion ou d'évacuation des locaux, sous divers prétextes, contre le consentement des occupants ;

A rouvrir le débat sur les étudiants sans-papiers dont la situation se dégrade au fil des ans, dans l'indifférence, et pire : l'habitude et le mépris ;

A résister aux diverses menées policières contre nos étudiants et enseignants, comme Angelo d'Arcangeli, étudiant italien réfugié, et Paolo Persichetti, enseignant italien réfugié, et scandaleusement extradé en août 2002.

(Texte amendable, discutable, hors les autorités et commençant par soi.) David-Emmanuel Mendes Sargo, liste ouverte
Par DEMS
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Jeudi 21 décembre 2006
On nous fait savoir ce matin qu'il n'y aura pas de cours samedi 23 décembre.

Le CEVU, dans son infinie compréhension de la vie universitaire, annonce sur injonction du président que l'occupation ne saurait durer au-delà de vendredi soir.

Il y a une vingtaine de grévistes de la faim.

Moi je vous dis qu'il y a loin de la coupe aux lèvres, et de la ruse à l'intelligence. Les habiles, au demeurant éternels défenseurs de l'humanité sans-papiers, veulent la tranquillité morbide, les intellectuels non.

Les intellectuels, ce sont tous ceux qui, depuis Emile Zola et Bernard Lazare, pensent que chacun peut et doit trouver dans le monde de quoi faire son oeuvre. Faire son oeuvre : organiser sa vie pour la réaliser, et de manière telle que d'autres vies puissent se réaliser. Penser et agir.

Les intellectuels, ce sont tous ceux qui, avec ou sans diplômes, avec ou sans-papiers, feront corps commun d'habitation des lieux dès ce soir (jeudi). Parce que la justice le veut, parce que l'humanité l'impose, parce que l'avenir est là.

Le pôle d'excellence, lui, méditera ses habiletés et ses petits dossiers avec le petit jésus, dans le spectacle immonde d'une vie sans oeuvre, sans puissance d'agir. Il gesticulera les mains jointes, et en surveillant ses poches. Les BONNES Oeuvres. Joyeux noël. Il était un divin enfant ...

Conférence de presse à 15 heures, le président est le premier invité. Moi je ferai cours samedi, même en ayant veillé vendredi, et même au commissariat, car vu le nombre de nécessiteux, je ne regarde pas à la dépense.
Par DEMS
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Vendredi 22 décembre 2006

Après une journée difficile, mais instructive, quelques flashs, et un texte.

Une intervention sympathique d’une sénatrice des Verts qui viendrait occuper. Le père Berger de la Basilique, qui n’a pas caché ses critiques, mais vraiment sympathique tout de même (il n’aime pas qu’on l’appelle « mon père », alors on lui donne du camarade).

Une délégation vers les zzzzzzautorités, qui visiblement a mal tourné. Le président apparemment en état de grande fatigue (on le serait à moins, et il faut qu’il arrête de fumer, ce petit jeune)

Le plus drôle, mais très indécent, fut l’apparition déplacée de l’ex-Président Lunel, comme séducteur rapide d’un soir (il venait sans doute faire la manche, mais la caisse de l’occupation était protégée. Il fut traité « d’enseignant provocateur de longue date » à 23h07m28s, car c’étaient ses propres termes en 2005 contre les anthropologues.)

Belle ambiance de veillée sans armes des occupants. L’évacuation possible de vendredi soir ou samedi matin, ou surprise surprise quand ?, devient bien plus le problème des zzzzautorités que celui des occupants. Ah les occupants sont tellement mieux à leur chasse que les évacuogènes à leur place.

Les occupants nous communiquent (parce qu’ils n’ont pas eu les médias, et que allp8, le mail de la présidence dit tellement et toujours la vérité, la Pravda) un communiqué, qu’ils voudraient communicatif :



 

A PARIS 8, LE PERE NOEL EST SANS-PAPIERS

Depuis lundi 18 décembre 2006, les collectifs de sans-papiers occupent l’Université Paris 8 avec leur soutiens et étudiants, administratifs, enseignants. En ce 4ème jour d’occupation le nombre des sans papiers grévistes de la faim s’élève à 25. Les instances universitaires et le Président qui affirment leur bienveillance et leur compassion entendent néanmoins que les lieux soient évacués à partir de vendredi en fin de journée.

Les sans-papiers et leurs soutiens, considérant qu’aucune alternative sérieuse ne leur a été proposée par les autorités universitaires, et qu’aucune perspective cohérente de discussion avec la Préfecture ne paraît garantie, décident de rester dans les lieux avec calme et détermination :

Mettent en garde les instances universitaires contre une décision d’évacuation policière (avec toutes les brutalités que cela pourrait impliquer) qui se retournerait inévitablement contre l’image de l’Université de « Vincennes » à Saint-Denis ;

Appellent toute personne susceptible de les soutenir à faire bloc avec les occupants et grévistes de la faim dès vendredi 22 décembre 2006.

Les occupants réunis et solidaires, Saint-Denis, le jeudi 21 décembre 2006

(A diffuser sans modération).

Par DEMS
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Vendredi 22 décembre 2006

Il est remarquable, dans cette occupation terrible et généreuse, que les seul(e)s qui ralentissent sont les grévistes de la faim. Nous n'aimons pas la grève de la faim, mais nous aimons les moyens de ralentir.

Le prof de gauche, lui, a toujours un truc urgent à faire, il sort aussi vite de son cours qu'il y rentre, parce qu'il a une réunion de « bureau ». Le bureau est l'endroit où l'on mesure toutes les urgences de ce qui survient, et qu'on a laissé traîné et pourrir avec des trémolos d'impuissance. Ca s'appelle la réalité hélas, la réalité-hélas étant la liste des choses à faire parce que le monde est comme ça. Fini le temps des cerises (mais quand viendra-t-il ?), c'est maintenant le temps des dures réalités toujours advenues où sur le point d'être. Au XVIème siècle, la Boétie appelait ça la servitude volontaire.

Ils viennent en AG, toujours sur le côté, n'ayant plus de rapport au monde réel (ça n'est pas la réalité-hélas) que celui-ci : ne jamais se révolter sur rien, car c'est dangereux, bandes d'irresponsables que vous êtes. Ils ont tous « fait » 68 d'ailleurs, comme les touristes « font » la Thaïlande, et croient avoir vu le monde. De temps en temps ils draguent aux entournures pour voir s'il n'y a pas quelques étudiants sérieux à gratter qui leur donnerait l'alibi d'une nouvelle plainte, d'un nouvel appel urgent à la modération de tout. Chaud devant ! Il faut urgemment qu'on nous montre les dossiers, eux qui n'en regardent un qu'à la condition qu'on les voie faire une bonne oeuvre. Pas jansénistes pour un sou, mais pour deux. Jésuites rançis, molinistes des petits péchés pardonnables : ma carrière, mon bonheur, mon vin chicos, mon article, mon SNESsup. Ca publie avant même d'écrire. Ca étreint avant d'aimer.

Il y a mêmes d'inévitables élégants, ironiques, fluents, rapides. Ils commentent. Ce sont les nouveaux nomades, les nouvelles monades.

Les puissances de la ville, qui sont aussi des puissances de la fac, ont des échéances avec Marivonne ou Marie-Georges, je ne sais plus. Dès qu'on parle de sans-papiers, ils nous sortent une liste de bandits, qui feraient leur beurre sur l'argent des immigrés. Je ne crois pas aux listes mitraillette. C'est vrai qu'ils ne sont pas défenseurs-salariés, mais est-ce à dire qu'ils seraient nécessairement en free-lance ? Rangez vos listes, ralentissez : elles ressembleraient trop au tract de dénonciation de Nizan (il aurait émargé au ministère de l'intérieur), aux calomnies contre Guigouin (il aurait gardé le fric de la résistance). Ne revotez pas tout de suite des crédits de guerre à un gouvernement de gauche, à un pouvoir de gauche, à une armoire de gauche, à une Ségogauche militaire.

Comme je me sens en veine aujourd'hui, et que j'irai avec les grévistes de la faim et les occupants, j'ai aussi une volée de bois vert à distribuer aux petits empressés du grand soir. Eux, ils jouissent à la seule vue de l'Etat méchant : les « autonomes » français, les plus impuissants et les plus apolitiques de l'Europe et du monde, voudraient une « confrontation ». Il y a même parmi eux des trostkystes dégriffés, qui veulent construire un « rapport de force ». Les flics et les matons, c'est leur spectaculaire intégré et sexuel. Ah mes petits chéris, on prendra les coups avec vous, mais je vous dis que celui qui court à l'attaque et le plus souvent le premier à fuir. Il arrive aussi que le premier à mourir, n'est pas dispensé par la mort d'avoir été le plus con. A la fin de la Commune de Paris, vous diriez comme Jules Vallès « laissez-moi seul, prenez mes bons de harengs », quand le peuple, parti pour se faire trouer gentiment la peau, demanderait : où sont les ordres, où sont les chefs ? Marx méprisait les militants français, et admirait la Commune. Nuance. Alors arrêtez le morbide.

Gauche et ultra-gauche empressées, UNEF engoncée dans ses privilèges avec militants sympas qui parlent avec une mitrailleuse de SMS, ralentissez.

Venez tous, et arrêtez la théologie. Ne soyez pas comme des américains, le seul peuple de la terre qui voudrait ressembler à ses films. Me-ti disait : « comment veux-tu connaître le monde si tu ne veux pas être lent ».

Par DEMS
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Samedi 23 décembre 2006
Le communiqué de Sud-Etudiants me paraît assez proche de ce qu'on peut savoir en l'état actuel des choses, et de ce que nous avons pu voir. Je le cite :

"On était environ 80 (Sans Papiers et les soutiens étudiants, profs, salariés,etc). La présidence de la fac a invoqué le maintien de son choix de fermer la fac pour les vacances sans mettre en avant de vrais motfis si ce n'est qu'il n'y aura plus de chauffage, électricité (sic !) et qu'en contrepartie elle fera tout pour défendre la régularisation des Sans Papiers de Paris8. De surcroît, la présidence de paris8 n'a proposé aucun lieu alternatif pour la poursuite de la lutte collective des Sans Papiers.

Du coup, on a débattu en AG de ce qu'on devait faire (évacuer de notre gré, ou avec l'intervention des CRS). Le débat a duré... Au final, les Sans Papiers se sont réunis et ont voté la poursuite de l'occupation jusqu'à l'intervention des forces de l'ordre.

Après plusieurs heures d'attente, les CRS sont finalement intervenus vers 1h30 du matin. ILs nous ont délogé assez brutalement (un demi-dizaine de Sans Papiers et surtout parmi eux des grévistes de la faim) ont finit à l'hôpital (en l'occurence Bichat ou Delafontaine de St Denis)) (une à deux crises d'épilepsie, quelques blessés) et dangereusement (par un petit escalier où il y a eu de la bousculade). Mais il n'y a eu aucune arrestation.

Puis, nous avons regagné à pieds l'hôpital (Delafontaine de St Denis) où les Sans Papiers étaient pour les soutenir et nous abriter en attendant les premiers transports en commun.

Une liste de contacts a été effectué. Nous recevrons les infos des prochaines échéances. Et il y a comme même en attendant des membres des collectifs de Sans Papiers qui sont restés avec des étudiants à l'hôpital pour les épauler et les aider pour les prochains jours.

La lutte continue ! ! !

militant de SUD-Etudiant."

Il ne semble pas qu'il y ait de blessés graves, à la clinique Delafontaine une dizaine de blessés légers, je ne crois pas beaucoup plus. Mais nous n'avons pas de nouvelles claires des gens allongés, et disparus sous les charges de flics pour nous dégager de la sortie et du carrefour.

Comme votre serviteur est quelque peu fatigué, je ne dirais pas grand chose de plus. Les prêcheurs-évacuateurs se sont ensuite réunis pour se plaindre de la brutalité des flics qu'ils ont fait appeler. La belle affaire !

Mais ce n'est pas fini. La honte étant acquise (et certains l'assumaient déjà in situ avec une fierté compassée mais ferme), il faudra la boire. Bonne rasade. Je me demande si ce sera à petites lampées, ou d'un trait. Il faudra faire corps dans ce sentiment, chaque jour paraître digne, soucieux, modéré. Ne pas se faire trahir par un collègue trempant dans le même passage à l'acte. Un vrai petit gouvernement Guy Mollet* local.

Effacer l'image d'une femme allongée qu'on a fait piétiner. Mais non, nous n'y sommes pour rien ! Je n'y étais pour rien, voilà ce qu'ils répondront. Et il faudra se le répéter chaque jour à soi-même. Trouver des boucs-émissaires. Devenir un innocent confirmé. Morbide.

______________________

*Le 19 juillet 1956, l'Assemblée nationale vote des pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet. Dans Le Socialisme trahi, A. Philip constate amèrement : « La droite se tait parce que ses idées sont au pouvoir, la gauche se tait parce que ses hommes y sont… ».

Toujours utile Wikipédia. D'ordinaire je n'écris rien qui ne soit susceptible d'y être référencé. Même le nom de Staline en géorgien. L'on a donc trop vite fait de me prêter les ressources de l'allusion quand on use de celles du micro-trottoir, un peu en-dessous, je le note, des l'incontestable qualité d'un blog qui se permet d'alluser sur votre serviteur. L'article de l'Humanité dimanche en date du 29 mars 2000, savamment mis en lien par un auteur aussi constant (et dans le même article), renforce une "information" que ne donne pas vraiment celui qui cite si bien ses sources. Je propose qu'il retrouve un article du même journal me concernant sur ce que le président Fabre, si qualifié, faisait à l'époque comme diagnostic mental à mon endroit, comme ça la citation sera parfaite, et le lecteur pleinement "informé". Je compte beaucoup sur ce blog pour qu'il donne des nouvelles démocratiques de mon état, quand, par un usage éprouvé des choses, j'occuperai les lieux d'un bâtiment psychiatrique. Ce sera encore certainement de ma faute. Les commentateurs, eux, sont toujours innocents. C'est même marqué dans l'Universel Reportage (allusion à Mallarmé).

 

Par DEMS
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