Nous sommes en période d'incription, et les gatekeepers en tous genres vérifient les dossiers des étudiants étrangers. Nous mentionnions un problème très caractéristique de l'attitude des consulats vis-à-vis des candidats étrangers, tous supposés candidats à un truc monstrueux, terrible, calamiteux, dangereux : l'immigration en France.
Votre serviteur avoue ne pas avoir été à la page sur l'instauration d'un nouveau gadget, les Centres d'Etudes en France (CEF), un mécanisme de plus qui substitue l'autorité consulaire à l'évaluation pédagogique.
Mais il se rattrape bien vite, et sur des bases éprouvées : voici deux documents.
Le premier, issu d'un compte-rendu du CA du 30 juin 2006 écrit par la liste Paris 8 autrement (voir nos liens). Il s'agissait de refuser l'adhésion aux au CEF, ce qui fut fait. Sur cet excellent site, on trouvera un compte-rendu (non langue de bois) d'un débat au CEVU avec des représentant des CEF, qui donnent des réponses si sympathiques, si gentilles, si modérées, si consensuelles, sur ces organismes.
[On rappelle que les CEF sont institués par la loi CESEDA, loi récente sur les étrangers, insufflée par un ministre imparable, inévitable, puisqu'il représente, dit-il, l'opinion publique. A ce rythme, nous aurons bientôt une loi pour restituer la peine de mort ...]
Le second, issu d'une brochure inédite, rédigée pour la fondation de RESF (Réseau Education Sans Frontières), tente de décrire les bases du gadget, et en particulier donne une idée (partiale, méchante, dure, etc.) de cette organisation mercantile revendiquée qu'on appelle Edufrance. On croit se souvenir, hélas, que Paris 8 y a adhéré (il y avait une autre majorité au CA) parce que c'est si pratique, et qu'il ne faut pas se couper des possibilités, etc.
Toute la question est de savoir s'il faut ou non accepter les services de tous ces prestataires, a priori peu qualifiés comme enseignants, qui n'arrêtent pas de vouloir du bien aux étudiants étrangers. Notre philosophie-réflexe sur ce sujet, nous l'avons toujours empruntée à Spinoza, quelque part dans l'Ethique : "Le sage décline autant que faire se peut les bienfaits des ignorants."
Derrière les ignorants, et les mercanti, il y a surtout la police. Et quand on mélange toutes les attributions publiques (la diplomatie, l'enseignement, le maintien de l'ordre), il arrive le plus souvent que les enseignants se tranforment en policiers (je peux jurer que je l'ai vu) et que les policiers se font pédagogues (c'est en préfecture qu'on évalue le sérieux des études des étrangers, on y reviendra, ça se voit tous les jours).
Et si toute ses attributions se mélangent, il arrive, nous dirait Montesquieu, que la police soit partout. Et pour paraphraser ce que crient beaucoup des gens : la justice (le savoir, la pensée) nulle part ...
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... Relations internationales ; la question des CEF
E. Rollwagen rappelle que le Ministère encourage fortement chaque étudiant en Master à passer au moins un semestre à l?étranger. Elle présente dans un premier temps la liste des Master en co-diplomation avec des universités étrangères (universités de Lublin, de Jakarta, de Moscou), l?existence d?un Master délocalisé à l?ENS d?Haïti, puis les accords de coopération classiques (avec Sao Paulo, Rio de Janeiro, Taipei, Taiwan, Tokyo). Ces Masters et ces accords de coopération ont été votés par le COMERCI. Ils sont approuvés à l?unanimité par le CA.
P.Bayard en profite pour signaler que dorénavant il y aura des comptes rendus des réunions du COMERCI (il en existe déjà un sur le site de P8 autrement en attendant qu?un premier CR « officiel » ne soit adopté par le COMERCI lui-même)
Dans un second temps, E. Rollwagen réaffirme son souhait que P8 adhère aux CEF. Cette adhésion faciliterait d?après elle grandement le travail des commissions pédagogiques et constituerait un barrage plus efficace que ceux qui existent déjà aux faux diplômes.
F. Castaing prend la parole pour indiquer que la question des CEF a été soulevée à la Conférence du Réseau universitaire d?Education sans frontières ; y a été évoqué le danger, pour les universités, de se laisser déposséder des compétences qui sont les leurs pour l'inscription des étudiants étrangers. Il conclut en plaidant pour que le débat soit posé dans l?ensemble des unversités.
P. Bayard intervient pour souligner la nécessité de s?opposer aux CEF de manière claire. Il expose de nouveau les principaux arguments qui devraient motiver notre refus d?y adhérer : les CEF constituent un volet de la loi sur « l?immigration choisie », loi inacceptable, et représentent un transfert de compétences aux dépens des universités. S'il s'avère que nous ne pouvons y échapper, alors il vaut mieux que ce soit malgré nous qu?avec notre accord. Il propose de mettre au vote un texte qui notifierait notre refus « sans agressivité excessive et en ouvrant la porte à une discussion ». Ce texte pourrait servir de déclencheur au ralliement d'autres universités et à la rediscussion du projet par le Ministère.
F. Crémoux appuie fortement la proposition de P. Bayard. Elle souligne qu?il est extrêmement difficile de savoir si les autres universités ont débattu des CEF. Ce débat n?a même pas eu lieu dans plusieurs universités adhérentes, où le Président a signé l'accord sans en informer les conseils. Elle fait valoir que, dans ces conditions, un refus net de Paris 8 pourrait effectivement mobiliser d?autres universités et lancer un débat qui peine à voir le jour.
La résolution proposée par P. Bayard pour P8 Autrement, soumise au vote, est acceptée à l'unanimité (18 voix pour) :
« Le Conseil d'administration de l'Université Paris 8 a pris connaissance du projet créant les Centres d'Etudes en France et en a étudié les implications.
Il exprime ses craintes que, sous sa forme actuelle, le système des CEF n'implique un transfert important, vers les autorités consulaires, des compétences propres aux universités et souhaite que la sélection scientifique des dossiers des étudiants demeure la prérogative des universitaires.
Il s'inquiète par ailleurs du risque que l?exclusivité accordée au CEF pour les procédures d?inscription des étudiants étrangers ne conduisent ces centres à se soumettre à des logiques gouvernementales différentes de la logique universitaire.
Il refuse donc l'adhésion aux CEF et souhaite que d?autres universités s?associent à Paris 8 pour obtenir des modifications sensibles de ce projet, afin de mieux garantir le respect de leurs compétences tout en améliorant et simplifiant les procédures d?inscription des étudiants étrangers. »
(Mireille Séguy, Paris 8 autrement)
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Tout étudiant se proposant de passer un diplôme d'enseignement supérieur en France, ou y faire des recherches, doit normalement passer par une procédure dite d' « admission préalable », par laquelle il obtient un visa d'études (visa D) auprès des consulats de France de son pays d'origine, moyennant une reconnaissance sur place de ses diplômes et de son aptitude en français. Des démarches de pré-inscriptions ou tests de français ont souvent lieu en France, (avec un visa « concours »), mais l'étudiant doit retourner auprès du consulat pour les faire valider.
Il est tout à fait clair, et attesté par l?expérience, que les étudiants des pays en voie de développement sont largement défavorisés par cette procédure, qui n'a pas changé depuis une quinzaine d'années, et qui reste globalement la même quels qu'aient été les gouvernements en France. Ce schéma d'admission n'étant pas destiné à pouvoir fonctionner facilement, permet surtout à l'Etat d'ouvrir ou de fermer les vannes de l'admission au gré des politiques ou des opportunités locales[1].
Un organisme comme Edufrance, au rebours de l'ancienne Alliance française, (qui avait une certaine dignité), prétend vendre des études « comme l'on vend du Champagne » (sic). Il s'agit d'une officine, « labellisée » par le quai d?Orsay, mais propulsée par des réseaux d?influence variés, où l?on voit prospérer des chargés de mission souvent improvisés de la veille, aux attributions et qualités opaques, et dont l?activité est le plus souvent déterminée par une sorte de mimétisme libéral de la captation américaine des élites. Mais comme l?on est pas capable en France de faire du commerce sans que cela sente le fromage, Edufrance ne sert qu?à renforcer la mentalité purement épicière insufflée aux échanges académiques depuis 15 ans.
D'un autre côté, il est de notoriété publique que les consulats de France à l'étranger abritent, parmi le personnel consulaire envoyé de la métropole, ou recruté sur place, des officines de trafic qui prospèrent dans ces conditions. Les journaux locaux en font souvent état, et cela perce quelque fois dans la presse française. En pratique, il n'est pas rare, pour les candidats étudiants, que l'entrée même au consulat, et même le droit de faire la queue, soient payants.Nous en avons de multiples témoignanges. Il arrive que des écoles privées, ayant des infrastructures pédagogiques dérisoires et des programmes d'études inconsistants, mais fort dotées cependant en opportunités de sous-location de chambres en France, aient pour ainsi dire pignon sur guichet, avec des aides internes et externes (par exemple des municipalités en jumelage), et détiennent l'exclusivité de la réception des étudiants étrangers. Dans un pays d'Afrique occidentale, nous savons que ce « programme » a eu un temps la bénédiction consulaire, à l'exclusion de maints autres programmes avec des institutions publiques. Oui, il est arrivé, il arrive, que la France, sa représentation consulaire, couvre les gains odieux de fausses écoles. Voilà pour l' "image" sacro-sainte de notre beau pays.
(DEMS, Argumentaire et vademecum à l'usage des luttes et des démarches en faveur des étudiants étrangers sans-papiers. Inédit, août 2004.)
[1] Par exemple. Les conditions d'admission préalable en Algérie se sont durcies au fil des ans. Au Maroc, il est arrivé en 2001 qu'un accord d'implantation d'un réseau de téléphone mobile avec l'ex-post-Vivendi, a inclus la possibilité d'admettre préalablement 3000 étudiants supplémentaires.
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