Dans un cas vous êtes malien (oui, ça arrive), vous vous appelez Ibrahim (le nom est faux, mais la situation est vraie), vous revenez d'un stage à l'étranger (de loin, loin, par delà les mers) et vous vous apprêtez à compléter ce stage par un autre séjour (loin, loin, par-delà les mers). Vous avez payé un fortune en billets d'avion. Et pourquoi le faites-vous ? Parce que votre jeunesse vous donne l'appétit intellectuel et physique du monde (il n'y a pas que la jet-set). La base de vos voyages et vos désirs, c'est votre doctorat en anthropologie, dans lequel, normalement, vous prétendez vous réinscrire. (Les anthropologues sont ainsi faits que pour écrire, il leur faut souvent voyager.)
Dans un autre cas, vous êtes malien, (oui, ça arrive encore), vous vous appelez Aboubacar (faux-nom, et vraie situation), vous avez été enseignant et journaliste, mais journaliste avec la plume trop facile (enfin Monsieur, le Mali est démocratique, et si peu corrompu). Vous vous retrouvez en France, et comme vous avez une Maîtrise d'histoire-géo, vous vous inscrivez à l'Institut Maghreb-Europe, et vous avez un anthropologue en direction de mémoire.
Tout va bien. Sauf que, dans le premier cas, il vous manque de l'argent pour vous réinscrire, et vous demandez soit une exonération, soit un aménagement du paiement des droits d'inscription. Ah, j'oubliais : il n'y a pas d'aménagement (ça viendra bientôt avec "excellence prêt", grâce à B-A BA Paris-Baba, la solution pour payer ses droits d'inscription, TEG fixe et autres ristournes). Donc demande d'exonération : comme vous avez été plusieurs fois exonéré comme employé de la fac (oui, ils ont ce privilège, que je ne leur contesterai pas), Gatekeeper (faux-nom, vraie situation) vous dit faut pas exagérer. Oui, mais Madame, Mademoiselle, Monsieur Gatekeeper, c'est embêtant parce que si je n'arrive pas à me réinscrire, (1) je perds mon stage, et le billet d'avion correspondant (2) je perds mon titre de séjour. Gatekeeper répond (textuel, et pas seulement en substance) : je doute que vous soyez réinscrit avant vendredi 15 à 12 h (nous sommes le 13). A la vérité, nous savons que les inscriptions sont prolongées d'un ou deux jours parce quelque chose ne marchait pas le 15 ... la caisse (vrai nom, vraie situation)
Première jouissance de Gatekeeper : vaticiner sur la misère du monde. (Tous les points de jouissance qui suivent ont été vérifiés. Le bon, dans la jouissance, le point, c'est le côté non-nécessaire et par conséquent tellement jouissif.)
Dans le deuxième cas, lettre au Président de plusieurs profs (le dossier est bon) mais Aboubacar, débouté de l'OFPRA (la machine à refuser l'asile), est sans-papiers. Le président ne répond ni non ni oui, un autre esprit des lois (appelons-le Gatekeeper2) dit : le président a dit non. On n'a pas eu sérieusement de signature ou de lettre de refus. Du reste, ça fait plusieurs fois que le président dit non sur le même cas : non il y a deux semaines, non il ya une semaine, non il y a trois jours. On nous annoncerait triomphalement chaque soir qu'il dit non, et pour une raison plus éternelle que la précédente.
Deuxième jouissance : l'écho du non.
Aboubacar exagère, comme Ibrahim, mais dans un autre style. Celui-ci veut rançonner la fac, et celui-là arrive après le 4 octobre, date limite des dérogations. Il n'a pas fait le bon clic pour le savoir en temps utile sur http://www.univ-paris8.fr/faiteslebonclic, et au bon moment, surtout si vous n'êtes pas au courant, vous pourriez l'être, faut pas exagérer tout de même.
Troisième jouissance : dire, quand on est modéré, que le monde ne doit pas exagérer. C'est une façon d'exister.
Votre serviteur et d'autres personnes (dont des administratifs, eh oui : il y en a qui pensent que la fac est faite pour recevoir des étudiants même étrangers, même sans-papiers) insistent pour que ces deux dossiers soient tout de même considérés. On sait que pour le premier le président a effectivement dit non. Mais on voulait en appeler du président mal informé au président mieux informé. Ca fait même trois semaine qu'on a l'impression de faire la manche à droite et à gauche pour demander qu'on nous excuse d'avoir esquissé l'idée que peut-être ces gens-là pourraient exister, je sais bien que c'est beaucoup demander, allez quoi, un petit geste (pour moi 18 h de téléphone et 15 de mail, et j'ai une phobie du téléphone). Du reste dans le second cas, on savait que des étudiants sans-papiers inscriptibles au niveau DEA, étaient inscrits, même s'ils étaient rentrés en France dans un frigo chinois, ou un planeur lançé de Ceuta ou Melilla. GatekeeperX, dit au téléphone : pas du tout, grâce au LMD, le M2 est en deuxième cycle, et la disposition n'est plus valable (je me disais bien que cette réforme devait servir à quelque chose).
J'aurais tout entendu depuis deux mois. Exemple téléphonique : "je connais les équivalences de Mendes" (au fait, je veux bien que les sans-papiers m'appellent comme ça, mais pas les Gatekeepers). Trois petits points ..., le blanc azuré du sous-entendu. On lui répond, mais les équivalences de "Mendes" sont peut-être les plus rigoureuses de la fac. Et Gatekeeper dit : ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit.
Quatrième jouissance : dire sans dire, en demandant qu'on ne dise pas n'importe quoi sur ce qu'on a dit. Mais au fait qu'a-t-on dit ? Plus exactement : que n'a-t-on pas dit ?
Ibrahim, a repoussé son rendez-vous à la préfecture pour le renouvellement. Mais le rendez-vous est fixé en février ou en mars, je ne sais plus alors que le stage commence début janvier, que le billet d'avion est pour fin décembre.
On en parle à Gatekeeper2, pour qu'il demande à la préfecture d'avancer le rendez-vous. Réponse : mais c'est une Préfecture, pas un dentiste.
Cinquième jouissance : montrer de l'Etat (français dit-on maintenant, comme à l'époque de Vichy) n'est pas un arracheur de dents. Mais non, c'est un état humaniste, spécialiste de la "culture du résultat" (les transports aériens forcés, avec cassage de gueule).
Solution de tout l'exercice.
D'abord c'est une mauvaise idée d'être noir, malien, pauvre. Si en plus vous choisissez anthroplogie (un GatekeeperN, avait dit à un arabe, si tu n'avais pas choisi anthropologie, j'aurais arrangé ton cas - textuel, devant témoins), alors ça fait déjà quatre, alors que nous, puisqu'on est humanistes, ça passerait à trois. Mais un quatre qui s'appelle anthroplogie, ça ne peut que casser. Notez bien qu'on aurait pu négocier. Donc puisque vous n'aurez pas d'inscription vous n'aurez pas la carte de séjour, et puisque vous n'avez pas le séjour, vous n'aurez pas l'inscription. C'est pas net et sans frais, ça ?
D'ailleurs ça n'est pas du racisme, puisqu'on a inscrit des maliens modérés, eux. D'ailleurs, le devoir de mémoire nous donne tous les droits du présent, et en particulier, celui, somptueux, de REVENIR à la règle. Est-ce à dire qu'il n'y avait pas la règle avant ? Et pourquoi vous y revenez ? Et tous en coeur de répondre : on n'a peut-être pas lu Montesquieu, mais c'est pas si grave parce qu'il avait tort. Il n'a pas vu l'indépendance du pouvoir administratif (l'éxécutif et le législatif, ne sont là que pour nous donner raison, même quand on a tort).
Mais c'est le facisme alors ? Mais non, mauvais esprit ! Le facisme suppose un mobilisation de masse, nous nous veillons sur des masses endormies. Nous sommes les VACHISTES ORDINAIRES. Même qu'on est sympa des fois.
Le résultats est le même, comme dit Rimbaud : "Nous massacrerons vos révoltes logiques"
Signé (encore une fois et pour être assuré Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs Gaterkeeper & Co & Son, de vous en prendre aux bonnes personnes) Mendes et Sargo.
Affaire de Tolbiac en cours
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